Voyages en train

globe-t-bonnet-voyageur-travelling-winter-hat-voyages-en-train-nouvelles

 

J’ai entamé la lecture de ce livre dans un train au départ de Paris. Quoi de plus normal pour un recueil de 16 récits et nouvelles sur le thème du train ?

VOYAGE EN ESPAGNE (1950), Truman Capote (p.13)
« Le train était vieux, assurément. Les sièges s’affaissaient comme les bajoues d’un dogue ; il manquait des vitres et celles qui restaient étaient maintenues par des bandes d’adhésifs ; dans le couloir, un chat vagabondait à l’affût de souris et il n’était pas déraisonnable de présumer que sa requête serait récompensée. »

On se laisse bercer par ces histoires qui filent sur les pages, comme autant de paysages ambulants dévoilés côté fenêtre. Apollinaire, Capote, Colette, Mircea Eliade, Théophile Gauthier, Kipling, Nikolaï Leskov, Jack London, Thomas Mann, Maupassant, Proust, Marcel Schwob et Verne interviennent comme les conducteurs de notre imaginaire.

JOURNAL HIMALAYEN (1929), Mircea Eliade (pp.29-30)
« De Siliguri à Kurseong, la distance est courte, mais le chemin ardu. Le train monte et descend à travers une jungle montagneuse. En quelques heures, nous atteignons cinq mille pieds […]

Incomparable diversité de l’Himalaya… Le tortillard avance en ahanant entre les rochers et la pierraille qui ont déboulé des hauteurs. La ligne serpente péniblement, tantôt au bord d’un gouffre, tantôt dans la pénombre de la forêt, tantôt dans la grisaille des nuages, qui là fument comme un chaudron, pour se disperser ici en un clin d’œil. […]
Le silence est par moments si pur qu’on ne peut s’empêcher de se demander si le train existe vraiment, s’il n’est pas un écho du monde qui nous habite. Il est tellement irréel, ce silence, que le halètement de la machine et le grincement des essieux ne peuvent pas le déchirer. Seuls, les souvenirs et les désirs, et les bouillonnements d’une âme, pourraient épuiser ce miracle qu’est l’Himalaya. »

Avec eux, le train n’est pas seulement moyen de transport mais machine à voyager (d’Espagne aux plaines américaines, en passant par l’Inde, l’Italie ou la Russie), symbole de la révolution industrielle, lieu de rencontres inattendues et scène d’aventures fantastiques…

LE CHEMIN DE FER (1837), Théophile Gautier (pp.243-244)
« Les chemins de fer sont à la mode comme les montagnes russes, les diables, les bilboquets et les montgolfières l’ont été dans leur temps ; les spectateurs et les actionnaires ne rêvent que rails-road, rails way, locomotives Waggory et autres mécaniques plus ou moins ferrugineuses ; selon eux, la face du monde doit être renouvelée par cette précieuse invention […] malheureusement le chemin de fer ne peut être envisagé que comme une curiosité scientifique, une espèce de joujou industriel. »

› Voyages en train. Éditions de l’Herne