Le phare, voyage immobile – Paolo RUMIZ

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Ecrivain italien originaire de Trieste, Paolo Rumiz est un voyageur au long cours. Il a suivi les traces d’Hannibal, traversé les Balkans, longé les frontières de l’Europe sur 7000 kilomètres de l’Océan Arctique à la mer Noire…

Au printemps 2014, il se lance dans une aventure inédite, son premier voyage immobile. Isolé sur une île pas plus grande qu’un pompon, il passe trois semaines dans un phare au milieu de la Méditerranée, avec pour seuls compagnons les gardiens de cette Tour de lumière.

ATLANTIQUE (p.17) – « Le voyage immobile est le plus difficile de tous, parce qu’on n’a pas d’échappatoire, on est seul avec soi-même, en proie aux visions, et il est donc facile, pour ne pas dire naturel, de se laisser aller. Mais enfin, pourquoi diable  suis-je venu ici, dans ce lieu précis, un des lieux les plus compliqués de la Méditerranée, sur un îlot que l’on met deux jours et demi à rallier ? Voilà bien longtemps que je cherchais un tel endroit. »

On explore avec lui cet environnement minuscule. Cette liberté hors du temps, sans aucune connexion avec le monde, lui donne l’impression d’être au centre de l’univers. Loin de tout, il prend conscience du temps qui passe et que la beauté du monde et le déchaînement des éléments rythment les journées.

DÉTACHEMENT (pp. 153 à 155) – « Souvent, à la veille des détachements, le lieu bien-aimé se montre sous son meilleur jour. Et l’île, comme de bien entendu, fait ce soir-là son possible pour me labourer l’âme. Il émane d’elle la beauté languide et le parfum d’une odalisque ottomane. […]
Des navires, au loin, transhument comme des constellations, et pendant ce temps les villages, un à un, allument des petites nébuleuses tremblotantes sur l’archipel et la terre ferme. […]
Les minutes n’en finissent plus et cela ne nuit en rien au bonheur de ce moment, qui est au contraire intensifié par ma perception de l’éphémère. L’horizon céleste tourne en même temps que la lampe du phare. J’entends ses engrenages, son tic-tac. […]
Ce qui m’a par-dessus tout rendu le temps de vivre, c’est le magnifique silence du Web, dont je me suis délecté au cours de ces semaines sans Internet. Mes journées durent deux fois plus longtemps. […]
Je suis redevenu le maître du temps. La comptabilité des choses accomplies et des pensées mûries sous cette lumière tournante me dit que je suis resté sur cette île trois mois plutôt que trois semaines. […]

Mes pensées sont devenues moins complexes, mais plus hermétiques ; elles ont acquis de la force par un effet de soustraction, comme les objets polis par la mer. Et puis d’ailleurs, ce n’est plus moins qui les cherche, les pensées ;  ce sont elle qui viennent me trouver. »

On se surprend à relire plusieurs fois certains passages, juste pour le plaisir des mots. Ce livre est une respiration, une parenthèse détachée du monde réel et du quotidien. Il a été récompensé par le Prix Nicolas Bouvier 2015, qui ‘salue chaque année l’auteur d’un récit, d’un roman, d’un volume de nouvelles dont le style, la forme sont portés par un désir de l’ailleurs, la situation d’une œuvre singulière dans le décor du monde’.

AUBE (p.123) – « Il y a un matin où l’aurore attend, pour paraître, l’extinction du phare. Ce n’est que lorsque le rayon a complété sa dernière révolution qu’elle troue la brume vers l’orient, d’une petite lueur qui ressemble à un œil de chèvre, puis elle se lève avec lenteur, comme une symphonie, saluée par une centaine de goélands. »

› Le phare, voyage immobile – Paolo RUMIZ. Éditions Hoëbeke

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